La motivation à apprendre : une des clés de la réussite scolaire
Par:Klaa Brahim
«Donnez à l’enfant le désir d’apprendre et … toute méthode lui sera bonne»
Rousseau, dans l’Emile, 1762
« Chaque élève a en lui ce désir d’apprendre et il ne peut apprendre
que ce qu’il a le désir d’apprendre. » Rogers, 1968
« On ne peut vaincre que ce que l’on connaît bien » proverbe persan
Il ne suffit pas qu’un enfant aille à l’école régulièrement, qu’il soit placé dans une salle de classe devant un enseignant, pour qu’il apprenne ce qu’il est censé apprendre. Le nombre d’enfants qui quittent l’école chaque année à l’issue de la scolarité obligatoire presque analphabètes (le cas est vrai aussi pour certains lycéens) en est la preuve. L’une des causes qui font obstacle à l’apprentissage est l’insuffisance de la motivation ou son absence (la non motivation ou la démotivation) car la motivation est une des conditions1 sine qua non pour apprendre à l’école : pour apprendre, un enfant doit avant tout vouloir apprendre.
Mais qu’entend-on au juste par motivation à apprendre ?
Dans son livre « La motivation en contexte scolaire », Rolland Viau (1994) propose la définition suivante : « La motivation en contexte scolaire est un état dynamique qui a ses origines dans les perceptions qu’un élève a de lui-même et de son environnement et qui l’incite à choisir une activité, à s’y engager et à persévérer dans son accomplissement afin d’atteindre un but. »2 Pour Tardif (1992), « Dans le cadre de la psychologie cognitive, la motivation scolaire est essentiellement définie comme l’engagement, la participation et la persistance de l’élève dans une tâche. »3
D’après ces deux définitions, la motivation, sa rupture en cours de chemin (la démotivation) ou son absence totale (la non motivation ou encore l’amotivation) sont chacune un état psychologique qui se manifeste par des comportements observables chez chaque apprenant et qui résulte d’un ensemble de conceptions et de perceptions qu’il a de lui, de tout ce qui a rapport à l’institution scolaire et à ce qui s’y déroule. Quel que soit cet état motivationnel qu’un enfant peut avoir vis-à-vis de l’école et de l’apprentissage, il n’est pas inné, mais né de l’influence de l’environnement sociétal y compris le milieu scolaire ; et il n’est pas figé mais dynamique, variant selon la variabilité des facteurs qui le déterminent.
La motivation scolaire commence d’abord par la volonté d’aller à l’école et d’y rester le temps qu’il faut pour apprendre, en d’autres mots « aimer l’école ». L’enfant qui aime l’école et s’y rend avec enthousiasme et éprouve du plaisir à cela est dit motivé, il est supposé plus disposé à apprendre. Celui qui y va à reculons, malgré lui ou fait l’école buissonnière est dit démotivé, il est moins disposé à apprendre. En classe, la motivation du premier se manifeste par trois indices : son engagement délibéré à accomplir le travail qu’il est appelé à faire ; la quantité d’effort qu’il fournit pour réaliser le travail ; sa persévérance dans le travail, jusqu’à la réalisation de l’objectif fixé. La démotivation ou la non motivation de l’autre se voient à l’absence de ces indices ou de l’un d’eux, à leur insuffisance ou à l’insuffisance de l’un d’eux. Dans ce cas, des comportements négatifs tels que le manque d’attention, l’oubli des affaires scolaires, le bavardage, le chahut, la négligence, l’absentéisme, etc. en témoignent.
La motivation à apprendre a deux sources génératrices, l’une interne et l’autre externe. La source interne est relative à l’apprenant lui-même, c’est-à-dire que la réalisation de la tâche en elle-même, satisfait un ou plusieurs besoin(s) interne(s) à cet apprenant comme se procurer un plaisir, un bien-être, une délectation, etc., satisfaire une curiosité, acquérir de nouvelles connaissances, relever un défi, renforcer l’estime de soi, etc. L’apprenant est dans ce cas, à titre de comparaison, comme quelqu’un qui choisit un morceau de musique ou une chanson et qui prend le temps nécessaire pour l’écouter, simplement pour la satisfaction personnelle que cela lui donne ou encore comme quelqu’un qui fait de la marche quotidiennement juste pour être en bonne forme. La source externe est relative à l’environnement de l’apprenant, autrement dit que la réalisation de la tâche satisfait un ou des besoin(s) lié(s) à la performance dont l’évaluation par les autres permet soit de se valoriser à ses propres yeux ou aux yeux d’une ou d’autre(s) personne(s), soit d’obtenir une récompense ou éviter une sanction. D’un côté, la recherche de la suprématie, des bonnes appréciations et des bonnes notes, d’une opinion favorable, de la satisfaction des parents, des diplômes, des prix, et, d’un autre côté, le désir d’éviter des reproches, des punitions, des sanctions, la déconsidération, etc., sont des exemples de sources externes générant la motivation.
En plus des sources capables de la générer, la motivation scolaire a des facteurs qui influent sur elle pour la stimuler ou l’inhiber. Ces facteurs sont de l’ordre des croyances, des opinions, des représentations, des perceptions, des conceptions que l’apprenant a et qui génèrent en lui des sentiments déterminants dans ses décisions d’apprendre ou de ne pas apprendre lorsqu’il est devant une tâche scolaire conçue pour favoriser un apprentissage.
Beaucoup de chercheurs parmi ceux qui ont travaillé sur la motivation scolaire (Viau, Tardif, Fenouillet, Lieury, Bandura, …) classent ces facteurs en deux catégories : les facteurs intrinsèques et les facteurs extrinsèques.4
Les facteurs intrinsèques sont en relation directe avec la tâche elle-même. Ce sont :
– la perception que l’apprenant a de l’utilité que représente cette tâche pour lui : ce pourquoi il va (doit) la réaliser, ce que cela lui rapportera, ce à quoi cela peut servir. C’est cette utilité qui représente pour lui un objectif dont la réalisation est ce que les behaviouristes appellent renforcement. Sans un objectif déterminé, la chance qu’il soit motivé est minime.
– la perception qu’il a de sa compétence, de ses capacités à réaliser la tâche qu’il se donne ou qu’on lui donne. Autant sa confiance en sa compétence, en ses capacités est grande, autant son engagement cognitif dans la tâche est intense et facile à se produire, ses efforts investis pour la réaliser et sa persistance pour aller jusqu’au bout sont meilleurs (l’inverse est aussi vrai).
– la perception qu’il a de sa contrôlabilité de la tâche. Il s’agit ici du degré de contrôle que l’apprenant pense avoir sur les facteurs nécessaires à la réussite de la tâche. S’il pense que la réussite dans la réalisation de la tâche ne dépend que des efforts qu’il déploiera, des stratégies d’apprentissage qu’il mettra en œuvre, du temps qu’il consacrera, éléments entre autres sur lesquels il a, ou pense avoir beaucoup de contrôle, le niveau de sa motivation sera élevé. Mais s’il est convaincu d’avance que la tâche est trop difficile pour lui, que de nature il n’est pas intelligent, que c’est l’enseignant qui n’a pas su le doter des ressources nécessaires, éléments entre autres sur lesquels il n’a pas, ou pense ne pas avoir beaucoup de contrôle, il ne sera pas suffisamment ou pas du tout motivé. Le guide méthodologique 2016, relatif au programme réécrit de français de 1ère AM stipule que « De nombreuses études sur la motivation montrent que la prise de conscience par l’élève de sa capacité à influer lui-même sur ses apprentissages scolaires et ses performances est un facteur de réussite. »5
Les facteurs extrinsèques sont en relation avec des éléments externes à la tâche elle-même. Selon Rolland VIAU6, ce sont :
– la conception que l’apprenant a de la société. En tant que citoyen, l’apprenant a des représentations sur la société à laquelle il appartient, aussi simples soient-elles. Ces représentations concernent par exemple l’ordre, la sécurité, la justice, les valeurs, l’économie, la culture, le marché de travail, la valeur que la société accorde à l’école et aux études, etc.
– la conception qu’il a de lui-même. En tant qu’individu, l’apprenant a des représentations sur sa personne, sur les constituants de son identité, sur son appartenance, sur ses caractéristiques individuelles, sur son entourage (famille, amis, camarades,…), etc.
– la conception qu’il a de l’institution scolaire. En tant qu’élève, il a des représentations sur l’école, ses responsables, son organisation, son système d’évaluation, son règlement, ses exigences en terme de discipline et d’assiduité, etc.
– la conception qu’il a de la vie de la classe. En tant qu’apprenant, il a des représentations sur la classe, son climat de travail, sur la qualité et la personnalité de l’enseignant, sur la discipline, les programmes et les activités, etc.
Toutes les conceptions, les représentations citées ci-dessus jouent un rôle déterminant dans la motivation à apprendre. Juste un exemple : l’apprenant qui doute que le diplôme que lui fournira l’école lui permette de se faire une situation dans la société risque fort d’être démotivé.
Les recherches ont donc montré que les paramètres qui entrent dans l’équation de la motivation sont multiples et relèvent de différents domaines. Si ces paramètres ne sont pas tous contrôlables par l’enseignants, certains le sont. Dans sa définition (Cf. supra), Viau qualifie la motivation d’«état dynamique », ce qui laisse entendre que, dans une certaine mesure, on peut avoir prise dessus pour la favoriser chez les apprenants.
Un enseignant donc s’il veut favoriser la motivation à l’apprentissage, peut agir sur deux plans : le plan pédagogique et le plan affectif (relationnel).
Ci-dessous, sont rapportées les caractéristiques d’un enseignant favorables à la motivation des apprenants proposées par Germain Duclos, un Psychoéducateur et orthopédagogue.7
- Il crée dans sa classe un climat de confiance et de respect des différences.
- Il manifeste de la passion pour les matières qu’il propose.
- Il établit des règles de conduite claires, concrètes, constantes, cohérentes et conséquentes, ce qui rassure les élèves.
- Il fait preuve de chaleur et d’empathie.
- Il est disponible quand les élèves éprouvent des difficultés.
- Il favorise un sentiment d’appartenance à la classe.
- Il a des attentes réalistes envers les élèves, tant sur le plan du comportement que de l’apprentissage.
- Il a des objectifs clairs et concrets.
- Il prépare minutieusement les activités qu’il propose aux élèves.
- Il adapte son enseignement selon les intérêts, le rythme et le niveau de développement de ses élèves.
- Il accorde plus d’importance au processus d’apprentissage qu’aux résultats.
- Il utilise plusieurs stratégies d’enseignement.
- Il stimule le développement de la pensée.
- Il favorise la participation active des élèves.
Selon Viau8, les chercheurs avancent souvent des critères auxquels doit répondre une activité pour qu’elle soit susceptible de favoriser la motivation et par conséquent l’apprentissage. Dans sa prestation pédagogique, l’enseignant est ainsi appelé à :
- Proposer des activités qui tiennent compte des intérêts des élèves ou qui soient à l’image du métier ou de la profession à laquelle ils aspirent (p. ex. faire faire un journal de classe avec des sections pour la musique, la mode, le sport, etc.).
- Suggérer des activités qui nécessitent l’utilisation de stratégies d’apprentissage diverses (p. ex. planification, classification, organisation, autoévaluation).
- Favoriser des activités qui nécessitent l’utilisation de connaissances acquises dans des domaines diversifiés (p. ex. une activité sur la météo où l’on doit utiliser ses connaissances en mathématiques et en géographie).
- Des activités dans lesquelles les rétroactions (feedback) sont fréquentes.
- Proposer des activités qui résultent en un produit « fini » ou utile (p. ex. : des affiches, des annonces, des clips, une pièce de théâtre, etc.).
- Privilégier des activités qui représentent un défi pour l’élève (p. ex. : organiser un débat sur un thème donné comme ceux que l’on voit à la télévision).
- Offrir aux élèves l’occasion de faire des choix (p. ex. : choisir leurs sources documentaires, la façon de présenter leur travail, etc.).
- Allouer une période de temps suffisante pour l’accomplissement de l’activité.
- Donner des consignes claires.
Synthèse et rédaction M. Brahim KLAA
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1 Pour Rolland VIAU, la motivation est une de trois conditions de l’apprentissage : le vouloir, le pouvoir et l’opportunité («le vouloir » étant pour lui « la motivation à apprendre »).
2 VIAU, R., 1994, La motivation en contexte scolaire, Les Éditions du Renouveau Pédagogique Inc., Québec, p7
3 TARDIF, J., 1992, Pour un enseignement stratégique. L’apport de la psychologie cognitive, éd. Logiques, Montréal (Québec), p. 91
4 Dans certains écrits sur la motivation scolaire, on peut trouver qu’on parle de motivation intrinsèque et de motivation extrinsèque. En général, c’est de ces facteurs qu’il s’agit.
5 Ministère de l’Education National, Guide méthodologique, programme réécrit de français 1ère AM, 2016, p. 14
6 VIAU Rolland, D’après une conférence prononcée le 18 avril 2002 à Luxembourg dans le cadre du Cycle de conférences « Difficulté d’apprendre, Difficulté d’enseigner »
7 DUCLOS Germain, « FAVORISER LA MOTIVATION SCOLAIRE CHEZ LES ÉLÈVES » Document pdf [en ligne] Url : www.entrepotnumerique.com/o/10/p/4938/excerpt, consulté le 24/10/2016 ;
8 VIAU Rolland, D’après une conférence prononcée le 18 avril 2002 à Luxembourg dans le cadre du Cycle de conférences « Difficulté d’apprendre, Difficulté d’enseigner »

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